« Sans aucune contestation, c’est l’inférieur qui est béni par le supérieur. » (He 7, 1-10)
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Il ne s’agit donc pas d’un livre de prophétie annonçant l’imminent Avènement du Christ, qui viendrait bientôt nous éblouir par la beauté de sa Face…

Le « temps du visage » n’est ni lointain ni à venir, c’est celui que nous vivons ici et maintenant. Nous vivons entourés de visages, comme au milieu d’innombrables icônes animées. Chacun, chacune, demeure mystère unique, fragile promesse ; sous un certain regard, cependant, nous nous ressemblons profondément…

*

1970-2015, un peu plus de quarante ans de poésie, de chant profond ; c’est une traversée, une route d’homme vers le Visage promis. L’abondance, en effet, advient en Lui (page 93, Mon Nom). Alors que le psalmiste cité précedemment pourrait chanter : « Notre marche prend fin, prend joie, devant ta face, Emmanuel », le poète exalte l’intimité « qu’il reste à conquérir » (page 72, Chemin) « en exode de soi » (page 34, Viens!).

Aventure radicale de la rencontre à laquelle nous convie Dominique Rey, né en 1952, ordonné prêtre à Paris en 1984, évêque de Fréjus-Toulon depuis 2000.

*

Luc de Moustier, né en 1957, est artiste peintre – portraitiste, aquarelliste – et sculpteur à Paris. Animateur de stages, dans le Var, au sein de la « Diaconie de la beauté », il a participé en 2014 avec Mgr Dominique Rey, à l’IPC, à la session Regards croisés sur le visage.

Vingt quatre de ses aquarelles sont ici présentées, comme autant d’heures pour aujourd’hui. Douze hommes, douze femmes ; nos contemporains, nos semblables.

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Notre-Dame-au-pas-de-Colombe

Gwen Garnier-Duguy

Notre-Dame-au-pas-de-Colombe
Entrouvres donc le manteau
Lourd du siècle assourdissant
Et te glisses dans le bruit
Des gorges contradictoires

Tout doucement pose-toi
Sur le front de l’homme-amer
Et fais-y dégouliner
A voix basse ta parole

Qu’importe qu’aucune oreille
Ne saisisse ton murmure
Tu y déposes l’empreinte
Des floraisons d’avenir

Le soleil se lève à l’Est
De la tempe occidentale
Aimanté en son couchant
par la nuit germinatrice

Il n’y a pas de non-être
Tout veut son surgissement

Et ta langue maternelle
Dit son nom secret à l’homme

C’est inscrit au firmament
De la voûte de son crâne
Sous la poussée bourgeonnante
Infiniment formulée
De la racine du monde
Qu’est ta Parole stellaire
Calme au-dessus de la mer

Ainsi dévoile ton nom
A la limite des terres
L’avenir sûr de la vie
Procède du Coeur ouvert
Aux traces de vérité

Semées par tes pas de souffle

Extrait de Le livre de la Prière 2013 , Éd.de l ‘Inférieur

Page 2 : « MARIE » Ernts Städler, trad Jacques Denaude

 

Poésie : Recueil inspiré. Florentin Benoît d’Entrevaux est un grand lecteur et collecteur de poésie. En rassemblant des textes de plus de soixante auteurs, il propose un véritable espace de méditation. La poésie se révèle être un chemin de foi.

Le Livre de la Prière.

« Pélerin » N°6867 publié le 10 juillet 2014

 

« Trésors de la prière »

Matthieu Baumier, extrait du Livre de la Prière.

Sommes-nous certains
de demeurer vivants
égarés sur les récifs
du temps ?

Il y a ici bas un arbre dressé
les bras en croix
et une perle clouée, crucifiée.

Il y a ici bas la trace argentée
des racines, la rosée et pourtant

Sommes-nous certains de demeurer
vivants
échoués contre l’écluse de l’Absent ?

 

« Pélerin » N°6870 publié le 31 juillet 2014

 

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« Les poètes veillent, les poètes prient. » En témoigne ce  beau recueil de poésie édité par un ermite de l’Ardèche. Gilles Baudry, Gérard Bocholier, Fabrice Hadjadj, Jean-Pierre Lemaire, Nathalie Nabert… mais aussi William Blake ou Gustave Thibon : ce recueil, augmenté d’inédits, réunit des poètes « chrétiens ». Mais le poète n’est-il pas d’instinct chrétien ?

Diane Gautret

 

Famille Chrétienne

Magazine n°1906 du 26 juillet 2014

Le Livre de la Prière

 

«  Le Chœur des Veilleurs », composé tel un bréviaire pour notre temps, rassemble harmonieusement 70 auteurs – poètes des réalités spirituelles : évêque (Mgr Rey), bénédictin (G. Baudry), chartreux (sous un pseudonyme), clarisses, ermite, orthodoxes (C. H. Roquet), protestants (pasteur A. de Mareuil), laïcs enflammés (G. de Bouteiller, J. de Guillebon, F. Hadjadj…)…

« Amis du silence, vigilants et attentifs, ils sont le sel qui assaisonne et la bougie qui fend la nuit. Comme des guetteurs pèlerins, ils offrent à tous I’ hymne, parfois sauvage, d’un mouvement profond : le réel intégral appelé à la Beauté vivante. »

Entre Rhône et Saône

le magazine paroissial N°53  Juin 2014

Nous n’enregistrons pas seulement les phénomènes terrestres, nous dirigeons notre regard vers l’intérieur de nous-mêmes, l’orientant vers une réalité spirituelle qui constitue l’arrière-fond de notre existence et se reflète dans des images.

C’est parce qu’il sont ainsi orientés, tendus vers une réalité spirituelle – la présence partout, la présence en nous du Dieu vivant – que nous pouvons reconnaître les poètes comme orants authentiques. Le «regard vers l’intérieur» est la descente nécessaire vers ce «point d’ancrage» de la rencontre où s’écrit l’icône : le lieu du coeur, le lieu de Dieu.

Il y a une respiration de l’âme, il y a un langage pour cette respiration, en témoigne ici le souffle des poètes qui est une «boisson forte», capable de nous vivifier. Nous orienter, peut-être aussi, à notre tour. En écoutant, en faisant nôtres leurs chants, nous pouvons suivre avec confiance cette voie de la prière sur laquelle ils s’aventurent avec le Psalmiste, pour avancer au large, en eaux profondes, jusqu’en eau vive. Par les eaux profondes passait ton sentier… (Ps 76, v. 20)

Comme des guetteurs pèlerins, ils offrent à tous l’hymne, parfois sauvage, d’un mouvement profond : le réel intégral appelé à la Beauté. La philocalie des poètes est un amour de la Beauté vivante. Un désir de la beauté Simple.

Prier, respirer ; au fond, ne sont-ils pas les «fils d’homme» qui s’exclament dans le psaume 113 (verset 26) : «Nous, les vivants, bénissons le Seigneur, maintenant et pour les siècles des siècles.» ? Amis du silence, vigilants et attentifs, ils sont les «hommes de désir» de L’Apocalypse qui s’écrient, en saint Jean (22, 17) : «Marana tha ! Viens, Seigneur Jésus !» Sentinelles de l’espérance, les poètes sont les veilleurs de toujours ; ici rassemblés, ils sont le sel qui assaisonne et la bougie qui fend la nuit…

Ouvrons Le Livre des Poètes pour chanter avec eux le vivant réel. La Présence, la Parole qui nous appelle.

Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa beauté. Instruisez-vous et édifiez-vous les uns les autres avec pleine sagesse ; chantez à Dieu, dans vos coeurs, votre reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et de libres chants inspirés par l’Esprit. (Col 3, 16)

Je me tourne vers toi, et je reste en éveil. (Ps 5, 4)

De tout votre art soutenez l’ovation. (Ps 32, 3)

D’heureuses paroles jaillissent de mon coeur quand je dis mes poèmes pour le roi. (Ps 44, 2-3)

En toi, toutes nos sources ! (Ps 86, 7) ELI Le Livre de la Prière – introduction Editions de L’Inférieur, 2014

 

 

par Falk Van Gaver | Spiritualité

1A LanefDepuis les psaumes et les cantiques bibliques jusqu’aux inspirations les plus contemporaines, la prière s’est coulée dans le moule de la poésie. A moins que ce ne soit le contraire. Cette union intime s’exprime encore aujourd’hui à travers de belles voix, ou de belles plumes, dont nombres ont contribué à la précieuse revue Poésie Directe fondée en 1999 par le trio Florentin Benoit d’Entrevaux, Gaël de Bouteiller et Gaëtan de Magneval. Depuis, Gaëtan est devenu tailleur de pierre puis chef de chantier, et Gaël, menuisier. Florentin, quant à lui, est solitaire, ermite en Ardèche. Leurs poésies incandescentes sont marquées du sceau de la réalité, de l’humilité, de la paternité charnelle et spirituelle. Poésies vivantes, poésies vécues, poèmes incarnés, de chair et de sang et d’esprit, poésies-vies comme celles de tous les autres auteurs, laïques ou religieux. Et vingt numéros et deux recueils de poèmes plus tard, c’est un magnifique florilège que les Editions de l’inférieur nous proposent, une manière d’hymnaire à l’usage de nos contemporains. Matthieu Baumier, Jean-Pierre Denis, Alain Durel, Gwen Garnier-Duguy, Jacques de Guillebon, Fabrice Hadjadj, Jean-Yves Leloup, Dominique Rey, Claude-Henri Rocquet, Isabelle Solari…, sont quelques-unes des voix variées qui y unissent leurs chants. « Chanter, c’est prier deux fois », disait saint Augustin. La prière, la poésie, qu’est-ce d’autre que ce chant profond de l’âme ?

 

 

 

Le Livre de la prière.

Faire entendre la parole naissante pour rendre témoignage à la Parole qui est au-delà des mots, c’est le projet que poursuivent trois amis depuis presque 15 ans. Ils ont réuni autour de leur Revue, Poésie directe, des poètes tels Gilles Baudry, Nathalie Nabert, Jean-Pierre Denis, Gérard  Pfister, Jean-Pierre Lemaire… Ce présent volume orchestre ces voix en quête du même mystère : « Ton visage / Est-ce jardin / Où je viens / Pour embrasser Ia Création / Je me souviens / Du temps / Où nous nous aimions / Sans entrave / Presque naturellement / Ton visage / Est-ce jardin / Où nous vivions / Ensemble et heureux / Comme au premier jour. « 

 

 

1A Mauvaise nouvellePar Maximilien Friche

 

« Le livre de la prière » est le nom d’un ouvrage publié aux éditions de l’inférieur rassemblant des poèmes de divers auteurs. Ces auteurs ayant comme point commun de s’adresser à Dieu, de diriger le beau vers Dieu, de ne plus dissimuler leurs prières. Moi qui suis mauvais, moi qui ne suis presque que mauvais, j’ai eu quelques révoltes sarcastiques à la lecture du « le livre de la prière ». Le pêcheur que je suis a tenté de résister à tant de louanges rassemblées, de produire des raisonnements pour refuser de participer au concert, de réagir face à la tentative d’exorcisme exercée par le livre. La sincérité religieuse impose d’exprimer mes doutes.

A priori, nous sommes heureux de revoir quelques plumes appréciées, nous sommes mis en appétit à la lecture de leurs noms au dos de l’ouvrage. C’est ainsi que se retrouvent côte à côte : Le causeur Guillebon, les poètes Baumier et Garnier-Duguy, le contrelittéraire Santacreu, l’intellectuel apostolique Hadjadj, la chair faite verbe Caron, l’itinérant Van Gaver, l’ensoleillé Solari, le très sacerdotal Rey, et les mythiques Thibon, Blake… Le constat est là et peut intriguer. Tout ce qui se fait de catholique dans le monde de l’écriture se retrouve dans « Le livre de la prière ». Cela peut faire penser à une sorte de communautarisme littéraire volontaire. Tous rangés en ordre alphabétique pour faire des petits poèmes entre amis ? Ce serait caricatural de le dire.

« Le livre de la prière ». Le titre de l’objet pose donc l’ambition étonnante et démesurée de proposer quelque chose de définitif. Une compilation définitive de poèmes dont l’usage sera de prier. L’œuvre ici consiste donc à avoir su compiler, choisir et rassembler. Rassembler les œuvres commandées par l’Esprit Saint ? Et de qui le critique que je suis pourrait-il recevoir commande ? J’ai peur de le comprendre à mesure que j’écris.

Crainte du blasphème

J’ai le sentiment en lisant tous ces poèmes d’une grande unité, d’une grande ressemblance entre eux. Des psaumes, sans doute, mais un type de psaume bien précis, qui se « contente » d’exprimer une louange issue de la contemplation. Moi qui croyais le blasphème indispensable à toute poésie, voilà que je ne lis qu’émerveillements vis-à-vis de Dieu. Mais il me semble parfois voir certains poèmes devenir panthéistes. Les oiseaux, les montagnes, le ciel, la lune, le soleil… sont bien souvent matériaux de base pour lancer les prières. Pour ne pas dire du mal, on s’éloigne de ses entrailles. Je ne parviens pas à faire taire ma révolte, j’aurais vraiment trouvé plus fort, plus beau, plus religieux même, des écrits prenant appui sur ce qui scandalise la créature. Décréter la contemplation sur la base d’une négation du mal que je porte me gêne et cela m’arrange forcément. Notre chair pour s’élever, ne doit-elle pas passer par la corruption de la mort ? Le lieu de l’écriture n’est-il pas le lieu où Dieu s’est fait cadavre pour nous laisser faire de notre chair du Verbe ?

Bric-à-brac bien intentionné

Des choses agacent pour me faire penser du mal. C’est encore le démon qui s’agite face à la louange écrite par ceux dont je voudrais tant être l’homologue. Je refuse de voir un poème là où certains ne jettent que des mots comme d’autres ont jeté des taches de peinture sur la toile. Renvoyer la charge de la beauté à la lecture que l’on en fait me donne l’impression d’une arnaque. Tout comme le regardant fait l’œuvre d’art contemporain aujourd’hui, il semble que certains, posant parfois un seul mot par ligne, comptent effectivement sur le lecteur pour élever l’œuvre. Bientôt une lettre par ligne ? La typographie au service des questionnements ? Prévert, sors de ce corps ! Bientôt la page blanche ? L’idéologie de l’art contemporain a envahi la poésie et est un prétexte pour l’expression de mes démons incapables, eux, de louanges. Comment est-ce possible de penser mal en lisant le bien ?

Un poème qui se voudrait prière est-il nécessairement une louange ? Et la louange a-t-elle un caractère suffisamment religieux ? Un poème, c’est à dire une histoire transmise sans narration, du rythme fait beauté, un swing donc, de la chair qui tente de s’élever, où le sublime vient du pataud, où rien de ce qui est vil dans l’homme n’est nié, où rien de ce qui est absolu dans Dieu n’est décrit. Une vision qui m’arrange, une réaction qui dérange et me rappelle que je suis pécheur. Que je n’ai pas encore fini de tâtonner dans le poisseux.

Ce qui s’est déposé

Après lecture, en moi, une fois dissipées les scories de la critique facile, s’est déposée calmement la possibilité de contempler. Malgré moi, mes résistances, mon péché, mes critiques, mes concepts, mes raisonnements et mes écrits, le désir de voir en me taisant m’a été transmis. C’est une expérience de lecture, n’est-ce pas ? Sont restés dans ma mémoire : Maxence Caron dont le débordement de verbe témoigne d’un désir de transcender la souffrance d’une incarnation non satisfaisante ; quelques belles phrases d’oraison de Mgr Rey, de Florentin d’Entrevaux… Cela donne envie de regarder là où ces poètes regardent. Tout ceci, une fois mes démons calmés, me donne finalement la possibilité de méditer et me laisse le désir de voir la poésie revenir véritablement dans notre monde. Et je reste persuadé que la verticalité à laquelle on aspire n’est pas soumise à un déterminisme, à notre volonté, mais à notre nature, à nos désirs, que tout art dissimule une prière.

 

 

logolavie-1 Le Livre de la prière

« C’est beau le fruit d’une amitié qui aurait pu mal tourner » explique Gaëtan à propos de PoésieDirecte , la revue fondée autour d’une ambition : créer un espace pour une poésie chrétienne à même de saisir la présence du Dieu vivant. Pour célébrer cette aventure éditoriale et spirituelle qui, en 13 années d’existence, a enrôlé les plus grands poètes contemporains ; les éditions de l’Inférieur, que les trois amis viennent de créer, publient une anthologie : « Le Livre de la prière. » En écoutant les chants de ces poètes, lit-on dans la préface, nous pouvons suivre avec confiance  cette voie de la prière sur laquelle ils s’aventurent avec le psalmiste, pour avancer au large, en eaux profondes, jusqu’en eau vive. Comme des guetteurs pèlerins, ils offrent à tous l’hymne, parfois sauvage, d’un mouvement profond : le réel intégral appelé à la Beauté.

Certaines émotions vives peuvent provoquer les larmes : douleur, tristesse, affliction, souci, nostalgie, mélancolie. On peut pleurer de chagrin, de rage, de colère, d’impuissance, de révolte, de désespoir, de pitié, de compassion, de reconnaissance, mais aussi de joie, à l’annonce d’une nouvelle inespérée. Jusqu’à rire aux larmes dans certains grands accès d’allégresse ! Au fond, il y a peu d’émotions que les larmes ne soient capables d’exprimer.
Ce qui demeure mystérieux et inexpliqué, c’est la raison pour laquelle un certain nombre d’émotions se déchargent par les glandes lacrymales plutôt que par d’autres dérivations. En réalité, le mystère des larmes renvoie au mystère même des relations entre l’âme et le corps.

Il n’est guère surprenant que les religions intensément vécues soient une source d’émotions spécifiques qui humidifient le visage. Ainsi, les Écritures font mention de personnages qui ont beaucoup pleuré. Ainsi Rachel pleure et ne peut être consolée (Jer. 31, 15). Ou encore, l’ange Raphaël dit à Tobias : « Quand tu priais avec des larmes, j’ai offert ta prière à Dieu» (Tob 12, 12). Le thème des larmes revient fréquemment dans les psaumes : elles traversent le corps de l’homme en prière.
Larmes du juste en détresse, ou entouré d’ennemis qui le persécutent, conscient de sa condition éphémère et plein de nostalgie pour la ville saint et la maison de Dieu : « Chaque nuit il baigne sa couche et arrose son lit » (Ps 6, 7). Les formules oratoires indiquent l’excès d’une douleur obstinée. Les larmes sont « son pain de jour et de nuit » (Ps 42, 4). « Il les mêle à sa boisson » (Ps 102, 10). « Il en est abreuvé à plein bord » (Ps 50, 6). Mais « ceux qui sèment dans les larmes moissonnent avec des cris de joie » (Ps 126, 5).

L’Évangile n’est pas en reste. Luc montre la pécheresse qui lave des ses pleurs les pieds de Jésus (Lc 7, 36), ou encore Pierre qui sanglote amèrement après avoir trahi son maître (22, 62). Le Christ lui-même a pleuré : devant le tombeau de Lazare (Jn 11, 35). La perte de son ami annonce le drame de sa propre mort. Jésus pleure encore sur la ville de Jérusalem, le jour de son entrée triomphale, à la pensée de l’infidélité de cette ville et de sa ruine future (Lc 19, 41). Enfin, l’épître aux Hébreux fait allusion à la prière de Jésus durant son agonie au jardin des Oliviers : « Au jour de sa vie de chair, il offrit des prières et des
supplications, avec un cri puissant et des larmes à Celui qui pouvait le sauver de la mort » (Héb 5, 7). Le Verbe incarné a pleinement assumé à travers ses larmes la condition de la créature humaine.

Le message évangélique s’adresse à ceux qui versent des larmes : « Heureux vous qui pleurez maintenant parce que vous rirez ! » (Lc 6, 21). La béatitude souligne aux yeux de l’évangéliste que l’affliction est la contrepartie de l’espérance qui mobilise l’aspiration de l’homme pieux en direction du monde à venir. Dans la Jérusalem céleste, Dieu essuiera toutes larmes des yeux (Is 25, 8 et Ap 7-17 et 21, 4).
Les larmes traversent à flots toute l’histoire de la spiritualité chrétienne. Tant de saints se révèlent de « grands pleureurs ».Les exemples abondent chez les Pères du désert (entre le 3ème et le 4ème siècle) où « des moines assis auprès de Dieu, pleuraient jour et nuit, endurant la faim et la soif pour le Seigneur ». Jean Climaque (575-649), maître de l’ascèse spirituelle, affirme que les larmes sont un « second baptême » parce qu’elles lavent et purifient l’âme. Comme les eaux nettoyantes du baptême, elles conduisent à Dieu.

En Occident , le pape Grégoire le grand (540-604) parlera de la « grâce des larmes », comme d’une « ablution intérieure » (Guigues II le Chartreux, 12ème siècle). Elles adoucissent l’âme endurcie, la rendent disponible à la grâce. Leur jaillissement qui est la marque d’une faveur divine, souligne la contrition et le repentir face à ses propres péchés et ceux des autres, mais aussi le désir de Dieu. Sans nous illusionner sur l’origine surnaturelle de ces effusions lacrymatoires, Dieu peut accorder quelquefois des grâces de componction qui provoquent les larmes. Néanmoins, ajoute Sainte Thérèse d’Avila ajoute avec
humour : « Gardons-nous de croire que tout est fait lorsque l’on pleure beaucoup ! ». Aujourd’hui les larmes ne semblent plus traverser le corps de l’homme en prière. Le monde occidental a pris très tôt du recul envers le phénomène lacrymal et les débordements de la sensibilité. En particulier, le 19ème siècle s’efforcera d’endiguer les pleurs et de les contenir dans l’intimité. La sensibilité s’accommode mal de la faiblesse exposée. Le don des larmes aurait-il disparu ? L’intériorisation du phénomène lacrymal relèguerait-il les larmes, et donc l’expression corporelle de la sensibilité pour d’autres émois ? Les larmes se tariraient-elles ? Certes les mécanismes psychologiques et sociaux, construits pas notre éducation, imposent de contenir le cours des eaux qui affleurent des yeux, du moins en public.
En assumant notre condition affective, sans doute faudrait-il apprendre à « libérer » les larmes, puisque par elles, le corps participe aux émotions spirituelles de l’âme. Celles-ci ont besoin de se décharger et de s’extérioriser. Elles sont trop profondes ou trop élevées pour se symboliser autrement. ces larmes dont nous ne sommes pas maîtres, se donnent et se reçoivent en révélant ce qui se tait en l’homme

Mgr Dominique Rey

Pour aller plus loin : Lexique du désert, (pages 224-227), Dom Pierre Miquel, Abbaye de Bellefontaine, Spiritualité orientale n°44, 1986.
Le don des larmes au Moyen Âge par Piroska Nagy, Albin Michel, collection Histoire, 2000.
Les larmes, la nourriture, le silence par Nathalie Nabert, Beauchesne, collection Spiritualité cartusienne, 2001.
Le mystère du « don des larmes » dans l’Orient chrétien par Myrrha Lot-Borodine, Bellefontaine, Spiritualité orientale n°14, 2007.

Article repris dans POESIEDirecte N°16 les larmes (2009)

Vers l’Autre. Poèmes 2000-2005, Florentin
Benoît d’Entrevaux, « Poésie Directe », 2005, 68 pages.

 

 

ll est temps de découvrir la
nouvelle poésie catholique ! Au sein de la
jeune équipe de la revue Poésie Directe, 
l’ermite Florentin Benoît d’Entrevaux a déployé
ces dernières années une poétique intime de
la présence et du silence. Simple et mystique,
ce beau recueil personnel livre une poésie du
quotidien transfiguré, qui se mue en prière,
traversée d’éclairs et de fulgurances. Ce sont
les mots de tous les jours qui brillent nouveaux
dans la lumière du Thabor :  » Le quotidien
s’avance / désireux, animé / de charité… «